La France mise notamment sur une forte pression des autres pays de l'UE sur l'Irlande pour trouver une solution. Celle-ci risque cependant de mettre du temps à se dessiner.
"Ce 'non' est une difficulté de plus", a admis Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse avec son homologue américain George Bush.
C'est lui qui avait proposé ce "traité simplifié" pour sortir de la crise institutionnelle provoquée par le rejet du projet de Constitution européenne par la France et les Pays-Bas en 2005. Élaboré sous présidence allemande en 2007 et signé sous présidence portugaise, le traité de Lisbonne lui permettait d'envisager une présidence française sous de meilleurs auspices.
C'était sans compter sur moins de 900.000 Irlandais (54,3% des suffrages exprimés) qui ont refusé jeudi sa ratification.
Nicolas Sarkozy s'est efforcé de faire bonne figure. "Ça ne va pas simplifier la tâche de la présidence française mais pour être passionnant, c'est passionnant !" a-t-il dit. Le "non" irlandais est "une réalité politique" et "on doit l'accepter".
Paris, Berlin et d'autres capitales européennes ont cependant lancé vendredi un appel à la poursuite du processus de ratification du traité de Lisbonne par les autres pays de l'UE.
"Il faut que les autres continuent à ratifier (...) de façon à ce que cet incident irlandais ne devient pas une crise", a expliqué samedi le président français.
Il a précisé que le Premier ministre britannique Gordon Brown lui avait confirmé son intention d'aller de l'avant.
Hormis l'Irlande, huit pays n'ont pas encore ratifié le traité. S'ils le font, l'Irlande et ses 4,4 millions d'habitants se retrouveront face à 26 États représentant 495 millions de citoyens européens, fait valoir l'ex-ministre UMP des Affaires européennes Alain Lamassoure, un des rédacteurs du traité.
"Il faudra, peut-être dès la semaine prochaine au Conseil européen, demander aux dirigeants irlandais ce qu'ils proposent pour sortir de la crise", a-t-il déclaré à Reuters. "Le problème est en Irlande. Je n'imagine pas une seconde qu'on se mette à rédiger un nouveau texte. C'est fini, il y en a marre."
Alain Lamassoure n'exclut pas que des garanties soient proposées aux Irlandais, notamment en ce qui concerne la politique agricole, l'avortement, l'Alliance atlantique.
Mais pour lui comme pour l'actuel secrétaire d'État aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, il n'y a guère d'autre solution envisageable qu'un nouveau vote des Irlandais, qui ont déjà revoté en 2002 sur le traité de Nice rejeté en 2001.
"Nous reprendrons le dialogue avec nos amis irlandais (pour) voir quelles propositions ils peuvent accepter pour se prononcer une nouvelle fois sur ce traité", a déclaré Jean-Pierre Joyet.
Le Premier ministre irlandais Brian Cowen, lui, réclame du temps. "Il n'y pas de remède à court terme", a-t-il dit.
Quant au très eurosceptique président tchèque Vaclav Klaus il a estimé vendredi, à trois jours d'une visite de Nicolas Sarkozy à Prague, que le processus de ratification du traité de Lisbonne ne pouvait pas se poursuivre.
La République tchèque, qui succèdera à la France à la présidence de l'UE au premier semestre 2009, n'a elle-même pas encore ratifié le traité de Lisbonne.
Personne à Paris n'imagine en tout cas que le traité pourra être mis en application comme prévu le 1er janvier 2009, d'où de probables nouveaux retards dans la construction européenne.
Nicolas Sarkozy veut néanmoins tirer une autre leçon du vote irlandais, qui n'est selon lui ni un hasard ni une surprise mais un "appel à faire davantage, mieux (et) différemment".
"Beaucoup d'Européens ne comprennent pas la façon dont on construit l'Europe en ce moment. Il faut qu'on en tienne compte et qu'on en tienne compte très rapidement et qu'on change notre façon de faire l'Europe", a-t-il expliqué samedi.
Il a promis de prendre des initiatives au cours des six prochains mois, notamment en matière d'immigration et de "réponse européenne" à l'augmentation des prix du pétrole.
"Nous avons un devoir d'être plus efficaces au service de la vie quotidienne des Européens", a-t-il ajouté.
Reste à savoir, comme le pense le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini, si le "non" irlandais n'entravera pas les décisions sur la sécurité, l'immigration, l'environnement, l'énergie - priorités de la présidence française.
Jean-Pierre Jouyet préfère croire que le "non" irlandais incitera les 27 à se concentrer sur les politiques communes "pour montrer que l'Europe continue à marcher".
"Cela ne va pas créer un bon climat mais les sujets prioritaires dégagés par la présidence française sont assez indépendants de la date d'application du traité de Lisbonne", estime pour sa part Alain Lamassoure.